jeudi 6 décembre 2012

Cour pénale internationale


Laurent Gbagbo et son épouse après leur capture


Gbagbo devant les juges le mardi 11 décembre.
L’ancien Président Laurent Gbagbo sera devant les juges de la Cour pénale internationale, le mardi 11 décembre. Selon une note de l’Unité des affaires publiques, une ordonnance rendue le hier par la Chambre préliminaire I, annonce la tenue d’une audience de mise en état. Elle permettra de recevoir les observations sur les possibles dates pour l’audience de confirmation des charges ou non, la divulgation des preuves et les modalités pratiques devant être prises pour le déroulement de l’audience, en tenant compte de l’état de santé de l’ancien Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. Autre objectif de cette audience, savoir si les différentes parties souhaiteraient entendre viva voce (vives voix), les témoins pendant l’audience de confirmation des charges. L’ex Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo est soupçonné par la Cpi d`être "co-auteur indirect" de crimes contre l`humanité commis pendant les violences post-électorales de 2010-2011 qui ont officiellement fait 3.000 morts. Prévue le 18 juin puis reprogrammée au 13 août, l`audience de confirmation des charges qui doit permettre aux juges de déterminer si les éléments de preuve rassemblés par l`accusation sont assez solides pour la tenue d`un procès, n’a toujours pas été fixée.

E. ABOUA


Affaire Mahé




Les proches autorisés à demander des dommages et intérêts
Firmin Mahé, ici avec son fils
Olivier Leurent, juge à la Cour d’assises de Paris a déclaré, hier, recevable la constitution en partie civile des proches de Firmin Mahé, l’Ivoirien, abattu par des éléments de la force Licorne. Ils sont donc autorisés à demander des dommages et intérêts.  Le procès s’est ouvert le mardi 27 novembre. Il met en cause quatre anciens militaires français. Colonel Eric Burgaud, adjudant-chef Guy Raugel, brigadier-chef Lianrifou Ben Youssouf et Johannes Schiner. Au moment des faits, ils faisaient partie de l’effectif de la force d’interposition française en Côte d’Ivoire. Tous ont quitté l’armée, aujourd’hui. Les avocats des quatre anciens militaires de la force Licorne en Côte d'Ivoire jugés pour le meurtre de Mahé en 2005 avaient demandé lundi soir à la Cour de déclarer irrecevables ces parties civiles. Mais le juge en a décidé autrement. Selon les informations en possession de l’armée française Firmin Mahé était l’auteur de nombreuses exactions dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il a été intercepté le 13 mai 2005 à Bangolo par une patrouille de la force Licorne, alors sous le commandement du général Henri Poncet. Pourchassé dans les marais, Firmin Mahé a reçu une balle à la jambe. Lors de sa comparution à la barre, le 29 novembre, le colonel Eric Burgaud a reconnu avoir donné l’ordre d’éliminer ce dangereux ‘’coupeur de route’’. Notre confrère ‘’Jeune Afrique’’ dans sa version électronique a écrit le 30 novembre dernier reprenant les propos du colonel à la retraite: ‘’ « J’avais deux petits garçons, reprend-il. Et oui, je n’ai pas tout dit, j’avais peur d’aller en prison et que toute ma famille parte avec tout ça. » Évoquant ses coaccusés, il ajoute : « Aujourd’hui, ils ont l’homme et l’officier qui assume ses responsabilités, qui assume avoir donné un ordre illégal et qui assume avoir été lâche, indigne. » C’est la première fois, malgré cinq auditions face au juge d’instruction et sept années écoulées que l’ancien Colonel Burgaud fait de telles déclarations. Aujourd’hui, il tient à le dire, il « assume ».’’ Mais cet ordre, il a affirmé le tenir du commandant en chef de la force Licorne, le général Henri Poncet. ‘’Vous remontez Firmin sur Man (nord-ouest du pays) et vous roulez doucement’’, avait-il dit à son passage devant le juge de la cour d’assise. Selon ses explications, l’ordre de l’exécuter, était contenu dans le groupe de mot, ‘’rouler doucement’’. Comment ‘’rouler doucement’’ alors qu’on a un blessé. L’ordre certes implicite était très clair pour lui. Il l’a transmis à l’adjudant-chef Guy Raugel qui l’a exécuté en étouffant Mahé Firmin avec un sac poubelle et du ruban adhésif. Mis en examen dans cette affaire, le 13 décembre 2005 pour complicité d’homicide volontaire, le général Henri Poncet a bénéficié d’un non-lieu, requis par le procureur du Tribunal aux armées de Paris (Tap), le 17 mai 2010. Il avait indiqué qu’il n’avait donné aucun ordre pour liquider l’Ivoirien. Hier encore devant les hommes de loi de la Cour d’assises de Paris a maintenu avec force sa position.    

ETIENNE ABOUA  







lundi 5 novembre 2012

Extradition de Justin Koné Katinan



                                                                                                                                                                                                          Le sort du porte-parole de Laurent Gbagbo connu demain
Justin Koné Katinan, porte-parole de Laurent Gbagbo

Jour de joie ou de tristesse. Justin Koné Katinan, porte-parole de l’ancien Président Laurent Gbagbo sera connu demain. Il sera devant les juges ghanéens qui devront statuer sur son extradition ou non. Le vendredi 24 août, il a été interpellé par la police du Ghana. Il était sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la justice ivoirienne, pour crimes économiques. Ministre du budget dans le ‘’gouvernement illégitime de Laurent Gbagbo’’, il serait impliqué dans le casse de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao).  Les juges ghanéens, l’avaient remis en liberté sous caution le 25 septembre dernier en attendant le procès sur l’extradition. Mais le 28 septembre, il sera de nouveau arrêté. Cette fois-ci, pour crimes de sang. Le mercredi 24 octobre, il sera remis en liberté. Le juge Ali Baba Bature a signifié l’incompétence de son tribunal à examiner en profondeur l’affaire concernant les ‘’crimes de sang’’.  ‘’Donnez-moi la loi selon laquelle la République du Ghana peut engager une action contre quelqu`un qui a commis un crime en dehors du Ghana’’ avait-il dit. Selon lui, la Côte d’Ivoire pouvait demander  l’extradition de l’accusé pour le juger sur son territoire’’.  Cette action ayant déjà été introduite, le porte-parole de Laurent Gbagbo devrait connaître demain, sauf changement dernière minute, son sort.  

ETIENNE ABOUA




dimanche 4 novembre 2012

Situation à l'ouest




 Les vérités d’Amadé Ourémi
                                                                                        

Le mythique Amadé Ourémi

Je vous remercie pour l'opportunité que vous me donnez de m'expliquer. Je suis arrivé ici en 1986 à l'âge de 22 ans. J'étais tellement petit que j'avais du mal à avoir un contrat et c'était dur pour moi. Mon grand frère a utilisé des subterfuges pour me trouver du travail. Les autochtones s'arrêtaient pour me regarder quand je travaillais au champ. Quelques années plus tard, j'ai acheté des hectares de forêts avec mon patron pour faire mon propre champ. 

Mais comment vous êtes-vous trouvé dans la réserve du mont Peko, pourtant interdite?

 Amade Oueremi: 
D'abord, je voudrais vous dire que je ne suis pas le premier à rentrer dans la réserve du mont Peko. C'est grâce aux autochtones que moi j'ai eu accès à la réserve. Sinon comment des étrangers peuvent avoir accès à une zone si des gens ne les aident pas ? Sachez que d'autres planteurs autochtones y ont des champs. Les gens sont contre la réussite de l'étranger c'est cela le problème.

On nous dit que vous êtes rentré par la force, avec des armes.

 Amade Oueremi: Ce n'est pas vrai. Je suis arrivé ici devant tout le monde, sans arme, avec une machette pour chercher un bien être. 

Pourtant vous avez déposé des armes au lendemain de la crise postélectorale. D'où venaient-elles ? 

Amade Oueremi: 
Nous vivions en parfaite symbiose avec les tuteurs ainsi que les autres communautés. Quand la guerre a éclaté en 2002, des autochtones ont vite assimilé les allogènes et allochtones aux rebelles. Notre zone s'est trouvée dans la zone de confiance. Des groupes de miliciens se sont formés à Duékoué et ont commencé à commettre des exactions sur des ressortissants étrangers. Certains ont même décidé de nous exproprier de nos plantations par des attaques récurrentes. Et comme la zone était interdite aux forces en présence, elle est devenue une zone de non droit où miliciens et mercenaires faisaient la pluie et le beau temps. Certains de nos tuteurs les utilisaient pour reprendre des terres qu'ils avaient pourtant vendues.Nous ne pouvions pas rester les bras croisés et avons décidé de sécuriser les routes contre ces hommes devenus coupeurs de routes et les champs contre les voleurs. C'est là que des planteurs m'ont choisi pour être à la tête. Nous avons pris des armes donc pour protéger nos biens et nos vie. C'était une question de vie ou de mort.

Qui vous a donné des armes? 

Amade Oueremi: 
Nous avons eu nos armes avec les miliciens et des mercenaires libériens qui venaient nous attaquer car nous connaissons mieux la zone qu'eux. 

Mais vous portiez des treillis flambants neufs. Cela venait aussi des miliciens? 
Amade Oueremi: 
À un moment donné, face aux attaques des miliciens et des mercenaires libériens, nous avons fait un choix. Nous nous sommes alliés à ceux qui pouvaient nous protéger. Il faut dire que certains de nos camarades portaient des habits Dozo et d'autres se sont confectionnés des tenus militaire à l'image des agresseurs miliciens.

C'est-à-dire ?
 Amade Oueremi: 
Comprenez ce que je dis. (Il ne dit plus rien)


On parle de plus en plus de votre départ du mont Peko. Peut-on connaître la date de ce départ? 

Amade Oueremi: 
Moi je n'ai pas de problème. Si je pars, je ne vais pas voler pour manger. J'ai des champs en dehors de la réserve du mont Peko. Nous avons juste demandé des mesures conservatoires avant de quitter. Mais il faut que les gens sachent que je ne suis pas le seul à occuper la forêt comme les gens le font croire. Je ne suis pas un hors la loi. Moi, je veux la paix. Des gens qui ne me connaissent pas racontent que je suis un sanguinaire mais ce n’est pas vrai. Moi je suis un enfant de pauvre et je ne peux être au-dessus de la loi.

 Il se dit aussi que vous avez encore des armes. Qu'en est-il exactement? 

Amade Oueremi: 
Nous sommes des planteurs. Après la fin de la crise postélectorale, nous avons été les premiers à remettre nos armes à l'Onuci, sans condition, pour reprendre nos travaux champêtres car ceux qui nous menaçaient avaient été vaincus. Il y a une mission des Eaux et Forêts qui s'est rendue dans la forêt. Demandez-leur s'ils ont vu des armes ou quelqu'un en tenue militaire. J'ai même brûlé toutes les tenues militaires des hommes que je dirige devant des autorités en octobre 2011 à Bagohouo pour montrer ma bonne foi. La guerre est terminée. Je n'ai pas honte du choix que j'ai fait à l'époque.

 On vous accuse d'avoir massacré des populations du quartier Carrefour, à Duékoué. Les populations disent aussi qu'elles ont peur de vous... 

Amade Oueremi: 
Ce n'est pas possible, puisque moi je n'étais pas sur le théâtre des opérations le jour de l'attaque de Duékoué donc ça ne peut pas être de mon fait. Moi, j'étais ailleurs entrain de protéger ma famille et les planteurs qui m'ont fait confiance. Même le chef de Nidrou et Bagohouo je les ai protégé, ils sont en vie et peuvent témoigner. Des gens essaient de me salir au lieu de parler du bien que j'ai fait pour la population de la sous-préfecture de Bagohouo. Quand j'ai appris que des ressortissants de Bagohouo, Nidrou, Ponan et bien d'autres villages étaient déplacés à la mission catholique de Duékoué des jours après la chute de la ville, j'ai loué des véhicules pour aller les chercher et les ramener dans leurs villages. Grâce à nos actions, ces villages n'ont pas connu les destructions que d'autres villages ont connus. Des gens veulent nous salir sinon il y a des planteurs dans des zones interdites mais on en parle pas. Tout le monde savait qu'il y avait des mercenaires libériens et des miliciens à Carrefour, mais personne n'avait peur d'eux. Pourquoi des gens qui n'avaient pas peur des Libériens hier peuvent dire qu'ils ont peur de moi qui vis avec eux depuis 1986 ? Nous nous avions attiré l'attention de nos tuteurs sur la méchanceté des mercenaires mais ils nous ont pas écouté. Nous ne pouvons pas être ingrats envers ceux qui nous ont donné la terre.

 Il se dit aussi que vous avez 300 éléments. 

Amade Oueremi: 
Je n'ai pas 300 éléments. Je dis et je le répète : ceux qui sont avec moi sont des planteurs qui se sont levés à un moment pour protéger leur vie. Lors du dépôt d'armes, l'Onuci n'a pas enregistré ce chiffre que les gens avancent. Moi je n'ai pas l'argent pour recruter 300 personnes. Même les agents de Ins qui sont venus pour identifier les éléments n'ont pas trouvé ce chiffre. 

Il se dit que vous avez agressé des agents des eaux et forêts.

Amade Oueremi:
Ce n'est pas vrai, la zone de confiance était devenue une zone de méfiance ou chacun se méfiait de son ami. Puisque les miliciens venaient commettre des crimes et partir habillés en tenues militaires. On ne sait pas qui était qui sinon depuis la fin de la crise nous avons laissé la place aux forces nationales qui nous sécurisent et il n'y a pas de problèmes.

Votre dernier mot.

Amade Oueremi:
Je demande à tous de travailler pour la paix. Tout ce qui est écrit à mon encontre n'est pas vrai. Si j'avais de l'argent comme les gens le font croire je serais rentré chez moi au pays. Pour notre part nous avons pardonné malgré des nombreuses personnes tuées par des miliciens et mercenaires dans des campements. Certains sont handicapés à vie mais personnes n'en parlent. La seule chose à laquelle j'aspire c'est la cohabitation pacifique avec nos tuteurs comme avant. J'ai une seule parole, la guerre est finie pour nous. Je vous remercie une fois de plus.

Interview réalisée à Bagohouo par Saint-Tra bi
Correspondant Régional.